On dit que c'est la hora de la verdad: l'heure de vérité. Cette phase finale de la corrida, le moment de la mise à mort où le torero s'apprête à asséner le coup d'épée fatal dans le garrot de la bête tout en la perdant de vue. Ce moment suspendu où tout peut encore advenir, l'instant silencieux du danger.

Ce projet a été effectué au printemps 2012 à Arles, en amont et autour de la Feria de Pâques, sur une proposition des directeurs des Arènes d'Arles et de l'équipe pédagogique de l'Ecole Nationale Supérieure de Photographie.

Je me suis retrouvée projetée dans un univers totalement inconnu, nouveau, dont j'ignorais les codes. Originaire de Bretagne, la corrida m'apparaissait comme une tradition à la fois exotique et archaïque. Les milieux dans lesquels j'évoluais au quotidien se plaçaient très clairement dans l'opposition et je connaissais alors bien peu, voire pas d'aficionados. Je n'avais jamais mis les pieds dans une arène, je ne connaissais strictement rien à la tauromachie.

J'acceptai la proposition par curiosité.

Au contact de ceux qui font vivre la corrida, je compris peu à peu les mécanismes du spectacle, son fonctionnement et ses règles. Mais d'un point de vue artistique, ce qui m'importait était avant tout de produire un travail sensible en assumant ce point de vue extérieur - un travail qui ne monterai pas le spectacle et dont l'attention se porterait plutôt sur un ensemble de gestes, de superstitions, et d'à-côtés.

LA HORA DE LA VERDAD est une histoire sanglante où le sacré se glisse, subrepticement, dans les failles d'un affrontement brutal entre le monde de la nature et celui de la culture, du spectacle - mêlant pulsions primaires et mythologies. Si l'homme et l'animal s'affrontent dans l'arène, ils fusionnent dans l'ombre et la figure du minotaure se dessine en filigrane au fil de la série.